Les verbes en -ir posent un problème que la plupart des guides de grammaire escamotent : la confusion entre les groupes. Un verbe comme « finir » (2e groupe) produit un participe passé en -i, toujours. Un verbe comme « partir » ou « couvrir » (3e groupe) peut donner -i, -u ou -t. C’est dans cet écart que naissent les erreurs d’accord du participe passé, bien avant la question de l’auxiliaire ou du COD.
Participe passé des verbes en -ir : pourquoi le groupe change tout
La première difficulté n’est pas l’accord, mais la terminaison du participe passé elle-même. Les verbes en -ir du 2e groupe forment systématiquement leur participe passé en -i : « fini », « rougi », « grandi ». La régularité est totale, ce qui les rapproche de la logique des verbes en -er (participe en -é).
Les verbes en -ir du 3e groupe, en revanche, n’obéissent à aucun patron unique. « Partir » donne « parti », « courir » donne « couru », « ouvrir » donne « ouvert », « mourir » donne « mort ». Quatre terminaisons différentes pour quatre verbes du même groupe.
Le réflexe fréquent consiste à plaquer la terminaison -é du 1er groupe sur tous les verbes, ce qui produit des formes fautives comme « il a finé » au lieu de « il a fini ». Ce mécanisme est documenté dans les ressources pédagogiques destinées au cycle 3. Avant même de penser à l’accord, il faut donc identifier le groupe du verbe en -ir et connaître la terminaison de son participe.
Distinguer le 2e groupe du 3e groupe
Le test classique reste fiable : conjuguer le verbe au présent avec « nous ». Si la forme fait « nous finissons » (suffixe -issons), le verbe appartient au 2e groupe. Si la forme fait « nous partons », « nous courons », c’est le 3e groupe. Ce détour par le présent est le moyen le plus sûr d’anticiper la terminaison du participe passé.

Accord du participe passé avec être : le cas des verbes en -ir du 3e groupe
Plusieurs verbes en -ir du 3e groupe se conjuguent avec l’auxiliaire « être » au passé composé : sortir, partir, venir, mourir, devenir, revenir. L’accord avec le sujet est alors obligatoire, sans exception.
« Elles sont parties », « ils sont sortis », « elle est morte ». Dans les programmes scolaires, l’accord du participe passé avec être est introduit dès le CM1, ce qui explique pourquoi cette règle est souvent mieux maîtrisée que celle avec « avoir ».
Le piège ici ne vient pas de la règle d’accord (elle est directe), mais de la terminaison irrégulière. Écrire « elles sont couvertes » suppose de savoir que le participe de « couvrir » est « couvert » et non « couvri ». Le féminin pluriel donne alors « couvertes » et non « couvries ». L’accord ne peut pas être juste si la forme de base du participe est fausse.
Liste des terminaisons à retenir pour les verbes en -ir courants du 3e groupe
- Participe en -i : parti, sorti, dormi, servi, suivi – l’accord ajoute -e, -s ou -es selon le genre et le nombre (« parties », « suivies »)
- Participe en -u : couru, venu, tenu, devenu – l’accord fonctionne de la même façon (« venues », « tenues »)
- Participe en -t : ouvert, couvert, offert, souffert, mort – au féminin, le -t se prolonge en -te (« ouverte », « morte »)
Accord avec avoir et COD antéposé : le vrai terrain miné
La règle est connue : avec l’auxiliaire « avoir », le participe passé s’accorde avec le COD uniquement si celui-ci est placé avant le verbe. Avec les verbes en -ir, cette mécanique devient un double piège, parce qu’il faut à la fois repérer le COD, vérifier sa position et maîtriser la terminaison irrégulière du participe.
Prenons un exemple concret. « Les fraises qu’elle a cueillies. » Le verbe « cueillir » (3e groupe) a pour participe « cueilli ». Le COD « les fraises » (féminin pluriel) est placé avant le verbe. Le participe s’accorde donc : « cueillies ».
Autre cas : « Les idées qu’elle a choisies. » Le verbe « choisir » (2e groupe) a pour participe « choisi ». Le COD « les idées » est antéposé. Accord au féminin pluriel : « choisies ».
L’accord avec avoir et COD antéposé sur les verbes en -ir n’est abordé dans les programmes qu’à partir du CM2, après une année consacrée uniquement à l’accord avec être. Cette progressivité pédagogique crée un décalage : beaucoup d’élèves (et d’adultes) appliquent l’accord avec être de manière automatique, mais hésitent ou se trompent dès que « avoir » entre en jeu avec un COD déplacé.

Verbe en -ir à l’infinitif ou au participe passé : savoir trancher
Un piège adjacent mérite d’être signalé, parce qu’il contamine directement les accords. Dans une phrase comme « Je les ai vu partir » ou « Je les ai vus partir », la question n’est plus seulement l’accord du participe, mais l’identification de ce qui est participe et de ce qui est infinitif.
Le verbe « partir » reste à l’infinitif. Le participe « vu » s’accorde (ou non) selon que le COD fait l’action de l’infinitif. « Je les ai vus partir » : « les » (COD) font l’action de partir, donc accord. « Les films que j’ai vu projeter » : « les films » ne projettent pas, donc le participe reste invariable devant un infinitif dont le COD ne fait pas l’action.
Cette règle, parfois appelée règle du participe suivi d’un infinitif, s’applique fréquemment aux verbes en -ir parce que ces verbes apparaissent souvent à l’infinitif après un auxiliaire et un autre participe : « laisser partir », « entendre venir », « voir sortir ».
Méthode de vérification rapide
- Identifier le groupe du verbe en -ir pour fixer la terminaison correcte du participe (test avec « nous » au présent)
- Repérer l’auxiliaire : être impose l’accord avec le sujet, avoir impose la recherche du COD et de sa position
- Si un infinitif suit le participe, vérifier si le COD est le sujet de cet infinitif – si oui, accord ; si non, participe invariable
- En cas de doute sur la terminaison, mettre le participe au féminin à voix haute : « ouvert → ouverte » confirme le -t final, « fini → finie » confirme le -i
La difficulté réelle des verbes en -ir dans l’accord du participe passé ne tient pas à une seule règle, mais à la superposition de deux problèmes distincts : la terminaison irrégulière du participe et la mécanique d’accord elle-même. Traiter l’un sans l’autre, comme le font la plupart des fiches de révision, revient à résoudre la moitié du piège.

